Notre Monde le film





Pour nous écrire : info@labandepassante.org


"Retours sur _Notre Monde_"
par Eric Bonneau
(suite à l'avant-première bordelaise)



Retours des spectateurs                                                         |                                    Voir les débats en vidéo
Marie Ladier-Fouladi
Spectatrice-active parisienne directrice de recherche CNRS-EHESS
2013-09-11
Bonjour à vous tous, Ce message pour vous dire que j'ai adoré "Notre monde". Deux heures d’intelligences avec une introduction captivante et un épilogue passionnant, loin des formules abstraites, pompeuses et stériles, pour nous décortiquer notre monde. Un excellent mariage du cinéma et des sciences sociales et humaines ; un formidable appel à un engagement politique et citoyen ! Bravo à Thomas Lacoste et son équipe pour ce film magnifique et fort.

Frédérique et Jean-Louis Laugier
Spectateurs-actifs bordelais
2013-09-11
Nous sommes bordelais, avions vu dans le programme de l’Utopia le film de Thomas Lacoste et sommes de grands amateurs et admirateurs de ce film. Toutes nos félicitations et nos remerciements… pour ce travail, sa conception, son originalité et même sa beauté.

Niurka Règle
Spectatrice-active gangeoise
2013-06-04
Le film s'ouvre sur un lieu mythique de la pensée. Une comédienne dit un texte de Marie NDiaye. Lieu paisible pour dire l'intranquillité du monde. Deux femmes en prologue. Est-ce un hasard ? Mais rien n’est un hasard et surtout pas dans ce film. Une des premières images : Une salle de cinéma vide qui se remplit. Et puis, les paroles se succèdent pour dire le monde et l'interroger pour nous interroger à propos de ce monde. La parole de ces intellectuels (il y en a 35) est critique mais sereine et convaincue. Pas de solutions, des ouvertures. Appel donc à l’intelligence du spectateur qui globalisera, sans doute, les dysfonctionnements pour le rêve d’un autre monde. Ici, dans la périphérie de Montpellier, en milieu rural, la qualité du silence qui accompagna la projection de Notre Monde en dit long sur la capacité du film d’aller à la rencontre d'un public populaire, approché sans condescendance. Et parce que le film n'use pas de didactisme lourd, parce que la parole y est portée par une sorte d’évidence à dire ce qui est vécu, observé, analysé que le film peut vraiment rencontrer le public, tous les publics. Avec un tel projet, on aurait pu craindre le pire. Mais, il faut souligner que si le film fonctionne c'est parce que sa centralité reste le cinéma. Thomas Lacoste a su donner sens à la parole par la manière de porter son regard sur les acteurs en acte de parole : La focalisation des visages en gros plans est renversante d’authenticité et d’émotion tant il n’est pas facile de parler, ainsi à visage découvert. Mais, pour le spectateur c'est une manière sensible de plonger son regard sur la personne qui parle, qui lui parle et qui semble poursuivre sa réflexion en parlant. Le jeu subtil des caméras qui jouent l'indiscrétion avec délectation, les visages des camérawomen (on dit women ?) qui doublent, par leur regard, l’œil de la caméra, le déplacement de l'appareil par une main qui semble elle-même en attente de ce qui va se voir, cette chorégraphie est tout simplement magnifique. Dans la salle de cinéma qui se remplit il y a encore le regard des spectateurs comme une mise en miroir des spectateurs présents dans la salle où se projette le film. On y perçoit de nouveau les regards qui sont à la fois réceptacles et réflexions en train de se construire au frottement de tout ce qui est dit. L'œil de Buster Keaton, symbole espiègle et opérant sur le cinéma en train de se faire, comme la pensée critique en train de se construire. Un film polyphonique, une œuvre qui nous parle et nous regarde. A nous de jouer une partition collective pour un monde à re-construire.

Sarah May
Spectatrice-active de Notre Monde
2013-04-29
Une photographie de la sociĂ©tĂ© française, la plus juste, pertinente, impartiale que j'ai pu voir jusqu'Ă  aujourd'hui. Des intervenants passionnants, clairs, qui Ă©voquent aussi des solutions d'un bon sens et d'une logique implacables. Les solutions sont lĂ , les politiciens le savent mais ne s'engagent pas dans cette voie afin de prĂ©server les intĂ©rĂŞts du plus petit nombre. Mais quels fiertĂ© et optimisme lorsqu'on Ă©coute ces intervenants de les avoir dans notre pays. Simplement passionnant, Thomas Lacoste bravo et merci ! A bientĂ't avec c'est certain beaucoup de rĂ©ussite pour le parcours de ce film ! Bravo Ă  Agat films Ă©galement !

Elisabeth Magne
Spectatrice-active de Notre Monde
2013-04-29
Notre Monde Un grand bonheur que ce film ! Bravo à toute l’équipe, à cette humanité en marche, à tous ces vieux qui donnent envie aux jeunes et aux moins jeunes d’y aller. Un réservoir de pensée précieuse.

Maryse Lassalle
Mathématicienne et spectatrice-active de Notre Monde
2013-04-17
Souvent je reviens du cinéma Utopia la tête et le coeur pleins d’images, de sons, d’idées, qui lentement se diluent dans ma mémoire, le temps éphémère d’un film. Notre Monde, je le vois comme un film-livre. Rentrée chez moi, le petit écran me permet de reprendre page par page les très beaux textes dits. Et je retrouve le plaisir que j’ai eu à voir ces visages vivants sur le grand écran du cinéma. Émotions nouvelles, idées profondes qui font bouger celles du spectateur-acteur, film d’une sobre beauté ramenant à l’essentiel. Conseil : découvrir d’abord le film au cinéma, et le déguster après page à page chez soi si possible entre amis pour en débattre.

Denis Humbert
Romancier-spectateur rennais
2013-04-17
Dimanche il faisait beau. Ce n'était pas arrivé depuis longtemps. Va savoir pourquoi au lieu d'aller me baguenauder le long d'un rivage ensoleillé je suis allé voir "Notre Monde" au TNB de Rennes. Mais maintenant, je sais. C'était une belle et bonne idée. Depuis mon siège de la caverne platonicienne à laquelle Thomas Lacoste aime comparer les salles obscures, j'ai vu peu à peu s'offrir et se dérouler devant moi un ruban d'intelligence qui m'a redonné cette envie et cet allant qui, il faut bien l'avouer, m'avaient quelque peu abandonnés ces derniers temps. Je dis intelligence à dessein, car c'est le mot qui me vient pour qualifier cette parole lucide, claire et généreuse qui nous atteint et nous touche pendant deux heures. Ils sont une trentaine qui te parlent, tranquillement, de "ton" monde, sans arrogance ni suffisance, sans chercher à te vendre je ne sais quelle recette miracle. Tu les écoutes et tu te dis : "Bon sang,mais c'est bien sûr" en te demandant pourquoi on ne les entend pas plus, pourquoi on ne les voit pas plus... Ce n'est pas un documentaire, ce n'est pas un interview, ce n'est pas une fiction. C'est autre chose. Mais tu te sens concerné. Tu frémis aux mots de Marie N'Diaye magnifiquement mis en voix et quand au final s'inscrit cette phrase : "Faites de la politique", tu as envie de lire "fête de la politique"...

RĂ©my Kosbach
Spectateur-actif
2013-03-28
La spécificité du riche et passionnant documentaire " Notre Monde" de Thomas Lacoste est sa propension à nous enthousiasmer pour nous engager à agir maintenant et içi. Ce film aborde à peu près tous les aspects de la vie politique, économique et sociale aujourd'hui, dresse des constats lucides et clairs sur la situation et les nombreuses impasses auxquelles nous sommes confrontés et surtout propose des solutions , ouvre des chemins pour avancer et nous engager concrètement. La plupart des intervenants sont des acteurs de la vie publique dans notre pays et leurs analyses et témoignages nous sont précieux et nous obligent à écouter et à réfléchir. Je souhaite vraiment que ce film soit vu par le maximum de spectateurs et qu'il suscite débats et réflexions dans toute la société française afin que des réseaux de solidarité et de "nouvelle conscience politique" se créent , tant il est vrai que plus les bases d'une pensée constructive commune seront claires et profondes et plus nous aurons de chances de construire un projet de société sérieux, optimiste et solide pour le futur .

Hum Toks / E.5131
Spectateur limougeaud et blogueur - http://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2013/03/27/notre-monde-thomas-lacoste/
2013-03-28
Une phrase : « Faire de la politique — et si possible — autrement. » Un film : Notre Monde, de Thomas Lacoste. 41 ans, avenant, qui, s’il doit prendre la parole, prend le temps de choisir le premier mot de la première phrase et… cherche le mot suivant, celui sur lequel sa pensée va s’appuyer et qui, de circonvolutions en ascensions de pics ardus, produit un discours… passionnant. D’emblée, on aime l’homme. Le Lido (cinéma art et essai, Limoges) a projeté le film Le grand Retournement, en présence de Gérard Mordillat, le réalisateur, en février. C’est au tour de Notre Monde, fin mars. Chacun pose ici sa contribution… À quoi contribuent-ils ? Éveiller les esprits, provoquer l’échange, créer du lien… passer à autre chose — si possible. Si les banques ont pris le pouvoir en Europe, ce n’est pas le fruit du hasard. Si la Politique doit proposer de nouvelles orientations, voire reprendre le pouvoir, il faut échanger, réfléchir et agir. La Politique ? Laquelle ? « Autrement… » Beaucoup laissent faire, beaucoup sont résignés, d’autres ne croient pas ce qu’ils voient, d’autres encore ne voient rien (la fumée est trop épaisse). Et surtout, surtout, cette phrase rabâchée : « on n’a quand même pas atteint l’intolérable… ». Et la suite implicite : « Alors, on attend. On ne bouge pas ». Quelques-uns, pourtant, voient ici ou là de la lumière et — sous la loupe — se réunissent pour échanger, réfléchir et agir — collectivement. Dans un cinéma par exemple… Le film. Thomas Lacoste met en scène avec talent Notre Monde. La fiction s’appuie sur le livre de Marie Ndiaye Trois femmes puissantes, sur la voix et la présence de Marianne Denicourt. L’image et les mouvements sont réfléchis, esthétiques, le son interpelle, pose et repose. Pas d’affolement ici, pas de chaos. Il s’agit de réfléchir, de rester serein et juste. Thomas Lacoste met en scène la prise de parole de 35 intervenants : philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires… Chercheurs, intellectuels qui partagent, offrent à la caméra, au public, à Thomas, leur vision. Où en sommes-nous ? À quoi ressemble Notre Monde ? Et le travail – et la souffrance qui l’accompagne, et l’enseignement, et la justice, les libertés, l’égalité, la fraternité et les frontières… ? Ah, les frontières… celles qui nous divisent. Pour qu’ils règnent mieux… Et moi ? Et moi, simple travailleur du quotidien, suis-je à même de comprendre, d’échanger et d’agir ? Thomas me répondrait que je fabrique moi-même, avec ce doute, de nouvelles frontières, d’obscures limites que je crois infranchissables alors que rien n’est interdit, ni impossible… que le discours des « spécialistes » n’est qu’un point de départ, qu’exercer son avis critique, se passionner, prendre parti, c’est faire œuvre intellectuelle, que ce n’est réservé à personne. Le film est suivi d’un débat… On aborde la question de l’Europe, du un et du collectif, de la place de la réflexion, de la prise de conscience dans la société, des lieux (absents, rares ?) de réflexion commune qui permettent l’interaction entre les individus, la création, la rêverie… de ce qui fera le monde à venir, celui que l’on commence à construire ce soir… Car, paradoxalement, on se plaint de ne plus avoir de lieux d’échange… et nous sommes là, dans une salle de cinéma, à échanger, à partager. Bougre d’andouilles que nous sommes ! Nous avons partagé un moment, un film, une réflexion et maintenant nous échangeons ! Pari gagné. Merci Thomas ! Lorsqu’il est question des intervenants (chercheurs, intellectuels) et donc des spectateurs capables ou non de comprendre, de se plonger dans cette pensée… Thomas raconte la belle histoire d’un jeune, d’un de ceux que l’on peut — en d’autres lieux — appeler « racaille », « jeunes des cités »… ce jeune prend la parole à la fin de ce film qui ne lui serait pas, a priori, adressé et déclare : – C’est la première fois de ma vie qu’on me parle au plus haut de la pensée, qu’on me reconnaît, que j’existe autrement… Faire la politique autrement… c’est nécessaire. Faire de la politique – et si possible – autrement. Et partout ! C’est ma contribution. Hum Toks / E.5131

Sylvie Pebrier
Historienne, professeure au conservatoire national de musique et danse, spectatrice-active parisienne
2013-03-19
Tissages Comment vient le dĂ©sir politique ? QuÂ’est-ce qui en favorise ou au contraire risque dÂ’en barrer lÂ’Ă©mergence ? Dans le film, la musique joue un rĂ'le Ă©tonnamment discret et puissant Ă  la fois. Pas de grands Ă©noncĂ©s tout faits, surplombants, mais le bourdonnement des graves qui rythme les moments de passage entre les parolesÂ… rĂ©sonance des voix, passerelle entre les voix, temps de lÂ’Ă©coute suspendue pour dÂ’autant mieux sÂ’incorporer. Du creuset des graves, un mouvement simple vers lÂ’aigu sÂ’amorce. Il prend appui sur la richesse en harmonies des violoncelles puis, fortifiĂ© dÂ’ĂŞtre ainsi portĂ©, se hisse au demi-ton supĂ©rieur, sÂ’ouvre Ă  la possible singularitĂ©. Tout au long du film, ce motif qui devient très vite familier offre une trame commune, sur laquelle les voix peuvent se rĂ©pondre, celles de ceux qui ont pris la parole comme celles de ceux qui les Ă©coutent, dans ce mouvement commun du dĂ©sir politique. Si la parole devient expĂ©rience partageable, cÂ’est peut-ĂŞtre aussi que le sensible de cette parole invite Ă  la rencontre. Montrer la proximitĂ© des corps, le grain de la peau, la vibration de la couleur, cÂ’est le pari de lÂ’intime. De lÂ’Ă©nigme de ses tensions, ses urgences, ses appels. Quelque chose mÂ’a particulièrement touchĂ©e dans les moments dÂ’intervention de Patrick Henriot. Quelque chose qui rendu mon Ă©coute inhabituelle. Peut-ĂŞtre cette manière quÂ’il a de faire place Ă  celui qui lÂ’Ă©coute, de se contenter de mettre Ă  disposition la parole quÂ’il porte. La sobriĂ©tĂ©, la clartĂ© de son propos ont pris une Ă©loquence nouvelle amplifiĂ©e par les inflexions et le timbre dÂ’une voix qui laisse passer lÂ’Ă©motion, qui ne craint pas que sourde la fragilitĂ©. Dans cette Ă©motion, cÂ’est comme sÂ’il nous donnait accès Ă  ce qui fonde sa parole. Et sÂ’il faut oser poser, comme le fait Jean-Luc Nancy, la pensĂ©e du cĂ'tĂ© du sensible, alors lÂ’Ă©motion de la musique ou des voix permet de faire ou refaire le chemin de la naissance du dĂ©sir politique.

Susana Penalva
Sociologue, spectatrice-active parisienne
2013-03-19
Notre Monde est intelligent : au prologue hors du commun suit un casting exceptionnel. L'oeil écoute... Tout en chacun se fait voix d'une phrase chorale. Nous regarde tous et chacun avec l'urgence du présent : pousse à penser en commun... - les mêmes choses, L'Autrement.

Claude Murcia
Spectateur-actif parisien
2013-03-19
Il nÂ’est pas facile de mettre en scène la parole. Notre Monde le fait dÂ’une façon Ă  la fois sensible et efficace. Les discours sÂ’enchaĂ®nent et se cĂ'toient selon une logique thĂ©matique – Ă©ducation, santĂ©, Ă©conomie, Ă©ducation, droit, etc. – qui Ă©chappe au didactisme et Ă  lÂ’ennui grâce, tout dÂ’abord, Ă  lÂ’intĂ©rĂŞt, Ă  la clartĂ©, Ă  lÂ’intelligence gĂ©nĂ©reuse des propos tenus ; mais aussi au dispositif de mise en scène et au montage. LÂ’image montre lÂ’Ă©quipe de tournage dans une pĂ©nombre qui en rend la prĂ©sence discrète, feutrĂ©e, respectueuse dÂ’une parole qui se dĂ©veloppe en libertĂ©, la lumière chaude qui Ă©claire les intervenants crĂ©ant une sorte de clair-obscur quasi pictural. La parole est ici indissociable des corps – gestes, matĂ©rialitĂ© des voix, proximitĂ© des visages dans leur singularitĂ© expressive. Les noirs qui ponctuent le dĂ©roulement des « chapitres » dans un effet de pause rĂ©flexive, la lecture du texte de Marie NDiaye qui rythme lÂ’ensemble tout en lui confĂ©rant une cohĂ©sion et une tonalitĂ© « littĂ©raire », la musique sobre et grave, tout cela sert avec Ă©lĂ©gance et justesse la parole mise en scène, cette parole qui pense notre sociĂ©tĂ© et notre monde et nous rend un peu dÂ’espoir en lÂ’humanitĂ© et la possibilitĂ© de lÂ’action politique.

Patrick Banuls
Spectateur-actif parisien
2013-03-19
Notre monde. Le penser autrement Le film «Notre monde» vient de sortir dans des salles de cinĂ©ma. Ou plutĂ't, il vient dÂ’y entrer, pour y ĂŞtre projetĂ© ! Les salles de cinĂ©ma sont comme des grottes dans lesquelles on pĂ©nètre. Au fond de ces grottes sont projetĂ©es des scènes du monde. On y voit le monde tel quÂ’il est, ou tel quÂ’on se le reprĂ©sente, ou tel quÂ’on se lÂ’imagine, voire tel quÂ’on le rĂŞve ou tel quÂ’on voudrait quÂ’il soit. Dans ce film, cÂ’est tout ça qui est montrĂ©. Ă€ la diffĂ©rence de la grotte de Platon au fond de laquelle ce sont des ombres qui sont projetĂ©es, «Notre monde» montre des visages Ă©clairĂ©s. Ils se succèdent, les deux heures durant de la projection. Ces visages sont filmĂ©s au plus près. Ou alors cÂ’est le corps entier. Chaque visage et son corps dÂ’homme ou de femme, dit sa vĂ©ritĂ© dÂ’homme ou de femme vivant dans notre monde tel quÂ’il est. Chaque parole dite sur lÂ’Ă©tat du Monde, provient de lÂ’effort fait par le corps pensant pour comprendre notre monde. Chaque visage et chaque corps nous dit la profondeur de ce quÂ’ils ont compris de notre monde. Ainsi, par ces tĂ©moins de notre Ă©poque et de nos vies, se construit une vision globale de notre monde tel quÂ’il est. Le rĂ©sultat : cÂ’est lÂ’insoutenable qui apparaĂ®t. Heureusement, les nombreux penseurs qui pensent tout haut devant la camĂ©ra, font part aussi dÂ’ouvertures possibles. Mais ces ouvertures dites dans le film, pour changer le monde, sont juste Ă©bauchĂ©es. Elles ne règlent rien. Elles invitent seulement Ă  un monde radicalement diffĂ©rent. Elles invitent Ă  un vivre-ensemble autre, Ă  une nouvelle Commune, issue dÂ’une pensĂ©e commune dÂ’humanitĂ©. Mais celles-ci sont Ă  construire. Ainsi, le film invite-t-il chacun, et Ă  plusieurs, et ensemble, Ă  penser. Il invite Ă  penser des voies nouvelles, individuelles et collectives. Il invite Ă  nourrir du dedans de soi, ces pensĂ©es nouvelles vers une pensĂ©e commune ; pas Ă  les nourrir de lÂ’air du temps, il est viciĂ©. Il invite Ă  plonger dans nos racines humaines, lĂ  oĂą commence notre humanitĂ©.. CÂ’est dire le radical, le racinal, de cette pensĂ©e nouvelle qui sÂ’Ă©bauche dans le film. Cette pensĂ©e doit donc maintenant jaillir de notre terreau humain, Ă  chacun et Ă  tous. Ă€ lÂ’opposĂ© des pensĂ©es des think-tank qui ne font que perpĂ©tuer le mĂŞme. Nous ne voulons plus dÂ’un monde oĂą la majoritĂ© des gens sont dĂ©possĂ©dĂ©s de leur pensĂ©e propre, et donc de toute possibilitĂ© de plĂ©nitude de leur vie. Ainsi, le message de ce film nouveau est-il : faites de la politique, et si possible autrementÂ…

Eric Fassin
Sociologue, Paris 8, intervenant et spectateur-actif du film
2013-03-13
Ce film parie sur l'intelligence. Non pas tant l'intelligence de ceux qui ont la parole : c'est leur métier ; mais celle du public. Aujourd'hui, on fait d'ordinaire le pari de la bêtise : pour la plupart, les médiateurs ne croient guère à l'intelligence des auditeurs, moins encore des spectateurs. Pourtant, s'il est une expérience récurrente, quand on prend la parole dans l'espace public, c'est la demande sociale d'intelligence - c'est-à-dire d'intelligibilité. Dans notre société, beaucoup veulent, non seulement savoir, mais surtout comprendre : alors que les études, en s'allongeant, arment pour penser davantage, l'organisation de la société ne laisse pas si souvent le loisir de réfléchir au monde comme il va. Ce film invite ainsi à comprendre "notre monde". Non pas à s'émerveiller de l'excellence des intellectuels de métier, mais à s'approprier les fragments d'intelligibilité ici proposés, pour engager chacune et chacun à recomposer son propre puzzle. Ainsi, dans le film de Thomas Lacoste, le pari sur l'intelligence est un pari démocratique - d'autant plus nécessaire que la démocratie apparaît aujourd'hui plus précaire.

CĂ©cile Menanteau
Spectatrice-active nantaise
2013-03-12
La salle de cinéma a retrouvé tout son sens, hier soir, lorsque j'ai découvert le nouveau film de Thomas Lacoste, Notre Monde, en avant-première à Nantes. Le sens profond de ce film rejoint celui du cinéma. Le 1er sens du cinéma, poser nos yeux ensemble sur un écran qui nous parle. L'à propos et l'accuité des intervenants de ce film nous englobent dans un Monde enfin commun, si nous voulons bien y réfléchir un peu, le temps d'un film, et puis après, dans nos vies partagées. C'est cela aussi le cinéma de ce film, prendre le temps de monter voir dans nos cerveaux si une "Commune pensée" peut jaillir plus loin, ensemble. Toutes les idées des intervenants (à qui Thomas Lacoste donne visage, grain de peau, donc identité et engagement personnel) nous mettent dans un état de veille exaltante. J'ai été, selon les paroles, étonnée, surprise, émue aux larmes, enragée. Le cinéma "politique" est de retour dans ce film, il faut s'emparer de Notre Monde dès le 13 mars et pour toujours.

Sophie Wahnich
Historienne, CNRS, intervenante et spectatrice-active du film
2013-03-12
Notre monde. Nous le vivons, le subissons et le fabriquons. A ce titre le film « Notre monde » se veut performatif. Pour mieux vivre il faut penser ce nous : « la commune », pour ne plus subir il nous faut des Lumières, celle du clair obscur d’une pensée qui tente de s’affirmer, de s’adresser et de rencontrer un public accueillant face à des caméras bienveillantes. Pour faire un « notre monde » tout autre, il nous faut du désir et de l’imagination, du courage, « talento » et amitié, il nous faut faire de la politique toute autrement et en toute lucidité. Penser n’est pas un acte si facile à prendre en charge aujourd’hui. Cet effort est souvent mal reçu, souvent vécu comme une prise de pouvoir insupportable, un effort confondu avec l’expertise des chiens de garde. Ce film récuse en doute cette méfiance anti-intellectuelle, et se propose de la déjouer en la montrant, c’est à dire en montrant l’engagement des visages et des voix de ceux qui disent qu’ils essaient de penser la situation. Penser c’est-à-dire à la fois rêver le monde à venir mais aussi analyser ce qui pourrait le faire venir ou l’en empêcher. C’est produire des stratégies et des mises en gardes, le sentiment de la perte et de l’espérance, la sensation du possible de l’impossible. Penser, c’est proposer face aux murs, des chemins de traverse. Celui de la littérature où une femme puissante construit une échelle pour passer le mur, et devient oiseau pour y avoir perdu la vie. Ce serait peut être ça la pensée aujourd’hui, la fabrique d’échelles pour passer des murs, fabriquer les ponts du commun et l’épreuve de la fragilité de cette action qui dispose désormais de si peu d’institutions civiles, de lieux pour s’élaborer. Notre Monde est la production de cette échelle, une institution civile où de la pensée ne cesse de circuler et de s’élaborer dans les salles des avant premières , dans la rencontre de voix et de corps, de Lumières et de clairs obscurs. Notre monde et les salles qui l’accueillent sont nos lieux du politique. Notre monde : attention rareté : ici on fait de la politique. Ici la raison sensible du cinéma fait de la politique.

Denis Pugnère
Sculpteur et spectateur-actif orléanais
2013-03-12
Je rentre de voir Notre Monde aux Carmes à Orléans… C'est un bel objet cinématographique ! je n'ose pas dire un film, tellement c'est éloigné de l'objet "spectacle-divertissement", ou même "film militant"… non, c'est autre chose… un film uniquement consacré à la pensée, pensée contemporaine portée par des philosophes, sociologues, juristes, psychanalystes, magistrats, historiens, au masculin ou au féminin… la pensée en mouvement naissant de la parole, constats, propositions… une musique qui vous ancre dans l'intime, le grave certes, le violoncelle va vous cueillir dans le profond, là où l'humain subsiste, et ne vous lâche… par moments le texte lu de Marie Ngaye nous rappelle qu'il y a du grillage aux portes de "notre monde"… Presque deux heures consacrées seulement et uniquement à la pensée… presque tous les angles d'attaque. Fonds sombres, des visages ou des corps naît la "parole-pensée", nous propose des pistes, des solutions… c'est tout juste si on avait pas oublié qu'on est intelligent au delà des habitudes, et ils nous parlent ! Notre Monde, c'est beau sans artifices, sans tralala, va falloir se remettre à penser…

Aurélien
Spectateur-actif bordelais
2013-03-12
« Moi, si je devais rĂ©sumer ma vie aujourdÂ’hui, je dirais que cÂ’est dÂ’abord des rencontres », dĂ©clame le personnage jouĂ© par Édouard Baer dans un monologue cĂ©lèbre dÂ’AstĂ©rix et ObĂ©lix : Mission ClĂ©opâtre. Il faudrait toujours se laisser la possibilitĂ© dÂ’une rencontre. Autoriser le hasard Ă  faire les choses. Car il est des rencontres qui, après coup, sÂ’imposent comme inoubliables, ne serait-ce que par les perspectives quÂ’elles ouvrent. Ainsi pus-je, par un joli coup de chance, rencontrer le film Notre monde lors de son avant première bordelaise ─ je me souviens, nous Ă©tions le huit, un clair vendredi soir de fĂ©vrier, au cinĂ©ma lÂ’Utopia ─ en prĂ©sence de son rĂ©alisateur, Thomas Lacoste. VoilĂ  un film Ă©tonnant dont jÂ’aimerais voir plus de semblables en salles. Pendant Ă  peu près deux heures de temps, Notre monde nous fait rencontrer de multiples figures, de multiples visages qui articulent, devant la camĂ©ra, leur pensĂ©e. TantĂ't intimes, flamboyantes ou facĂ©tieuses ─ impossible dÂ’oublier la jubilation profonde et joyeuse qui se dĂ©gage de Mme. HĂ©ritier quand elle explique pourquoi il faudrait revaloriser les tâches mĂ©nagères ─, les pensĂ©es se dĂ©veloppent, se disent et se heurtent au spectateur. Car Notre monde prend le parti de lÂ’exigence, celui dÂ’une exigence saine : attendre de son spectateur quÂ’il soit plus quÂ’un simple consommateur. De ce point de vue, la soirĂ©e bordelaise fut une rĂ©ussite. Le film fit dĂ©bat, provoqua des objections, provoqua plus dÂ’idĂ©es, plus de pensĂ©es et surtout, plus dÂ’Ă©change. Fondamentalement, Notre monde est un film politique. Pas car il prĂ©sente une pensĂ©e marquĂ©e Ă  gauche, non. PlutĂ't parce quÂ’il remet la discussion dans les mains de son public. Chaque intervention sur lÂ’Ă©cran est une balle lancĂ©e vers les spectateurs et il nous appartient de nous en saisir. Notre monde est un objet vivant, qui sÂ’exprime vĂ©ritablement une fois que les projecteurs sont Ă©teints et que les lumières se rallument. Notre monde existe pour et par le champ des possibles quÂ’il dĂ©voile aux spectateurs. Il cherche, en montrant des pensĂ©es en actes, des pensĂ©es qui se disent, Ă  en provoquer dÂ’autres. LÂ’objectif du film me semble ĂŞtre de rallumer les lumières. Et peu importe, au fond, que ces feux, une fois allumĂ©s, soient contradictoire. Ce qui compte, le dĂ©bat bordelais lÂ’a montrĂ©, cÂ’est la discussion, la dispute. LÂ’envie de dire, de dire ce que nous pensons. Plus encore, mĂŞme, cÂ’est lÂ’Ă©change. Notre monde, mystĂ©rieusement, nÂ’est pas figĂ©. Il Ă©change avec le spectateur, appelle plus dÂ’Ă©change encore, plus dÂ’Ă©mulation, de crĂ©ation et de pensĂ©e. Faire entendre des voix. Trouver, retrouver sa voix. Notre monde est sous-tendu par lÂ’histoire dÂ’une jeune fille qui cherche Ă  passer une frontière barbelĂ©e et Ă  qui la narratrice du film prĂŞte sa voix. LÂ’histoire finira mal, inutile de le cacher, mais nous lÂ’aurons entendu. Comme nous aurons entendu la douleur sourde dÂ’Elsa Dorlin ou le courage de Michel Butel, pour ne citer quÂ’eux. Comme après, nous entendrons ─ qui ? Nous. Nos voix. Nos idĂ©es, nos pensĂ©es, qui viendront gonfler une rĂ©flexion partagĂ©e, multiple, diffĂ©rente et commune. Il faut retrouver sa voix et sa voie, Ă  la sortie du film. CÂ’est la condition nĂ©cessaire pour pouvoir participer Ă  la polyphonie que le projet Notre monde constitue. Car ceci nÂ’est pas un film. Pas quÂ’un film. CÂ’est le cÂśur choral dÂ’un projet plus vaste, de discussions, dÂ’Ă©changes et de dĂ©bats, de disputes. La trentaine dÂ’intervenants qui participent au film sortent du rapport outrageusement vertical de la pensĂ©e pour entrer dans quelque chose de plus horizontal, oĂą lÂ’Ă©change compte avant la domination de lÂ’Ă©lève par le maĂ®tre. Le film Ă©bauche le dĂ©but dÂ’un nouveau rapport. Non plus celui de professeur Ă  Ă©tudiant mais celui dÂ’esprit Ă  esprit, de gens Ă  gens, dÂ’Ă©gal Ă  Ă©gal. Notre monde ouvre des portes, des opportunitĂ©s, le champ des possibles que jÂ’Ă©voquais plus haut. Ses intervenants partagent sans gaver, sans obliger. Il nÂ’y est pas question dÂ’idĂ©ologie mais seulement dÂ’idĂ©es. Tout le film nous demande Ă  nous, spectateur, de penser avec ─ ou contre, ou ailleurs, ou autrement, ou en biais, tous ensembles et diffĂ©remment car lÂ’uniformitĂ© est la pire chose au monde ─ lui. Et ainsi, il fait de nous des acteurs. Il nous redonne la possibilitĂ© dÂ’imaginer notre monde. Et de lÂ’imagination Ă  la rĂ©alisation, il nÂ’y a quÂ’un pas. Un pas audacieux. Ce pas pourrait sembler impossible, mais le projet dont Notre monde est le noyau constitue un moyen de le franchir. Le site internet du film, www.notremonde-lefilm.com, permet dÂ’y retrouver ce qui sÂ’est dit dans le film, autour du film, après le film et bien plus encore. Mais surtout, au-delĂ  de ces comptes-rendus, il permet de laisser une contribution, dÂ’y faire entendre sa voix parmi les autres. DÂ’y faire voir sa pensĂ©e. La pensĂ©e est obsĂ©dante dans Notre monde. Elle nous parvient de ses visages tendus, malades, sereins, jeunes ou vieux, dans un effort de partage. Elle se lance dans une aventure extraordinaire, celle de la pensĂ©e collective. Pas « pensĂ©e commune », mais « pensĂ©e collective ». Le plus de gens possible pensants, ensembles, notre monde, le rĂ©inventant, dans une harmonie qui prend en compte toutes les couleurs que chacun voudra y apporter. Tout lÂ’objectif du film est lĂ , alors : provoquer la pensĂ©e pour poursuivre lÂ’aventure. Car la pensĂ©e, comme lÂ’a dit Christophe Mileschi ce soir de fĂ©vrier, est belle. Aussi, ne nous en dispensons pas. Partons, nous aussi, Ă  lÂ’aventure dÂ’imaginer notre monde. Pensons.

Georges Fotinos
Ancien Inspecteur général de l'éducation nationale, spectateur-actif parisien
2013-03-12
J'ai vu Notre Monde un OVNI dans le cinéma. Tu en sors beaucoup plus intelligent et avec une grille d'analyse politique applicable à tous les domaines. Concernant mon petit domaine de l'éducation, j'ai complètement adhéré aux deux analyses présentées (C. Mileschi et B. Ogilvie). Le fil conducteur est super comme l'actrice… Les quelques plans de derrière l'intervenant filmant l'équipe au travail sont très beaux et éloquents.

Hélène François
Spectatrice-active parisienne
2013-03-12
Pour distancier le discours d'un film purement politique, exprimé par plus de 35 intervenants exceptionnels, dans un lieu unique, au cours ou en marge d'un séminaire, l'argumentaire est mis en scène en un jeu de miroir entre l'image, la parole, l'écriture et l'écoute, liant dans un même collectif réalisateur, interlocuteur, auteurs, auditeurs et spectateurs. Ce processus maintient notre attention et permet aux multiples sujets abordés de se dérouler et s'enrichir par leurs mutuelles questions/réponses successivement sur l'éducation, la santé, la justice, les frontières, la culture face aux média, le travail, l'économie, la politique européenne, l'économie. Cette phrase filmique parle de la vie et du monde où elle s'écoule, analyse les idées, les évolutions idéologiques du néo-libéralisme triomphant des années 80 au capitalisme financier et sa crise mondiale, l'enrichissement pécuniaire provoquant le déclin des valeurs humaines. Thomas Lacoste crée une symbiose de vision pour nous permettre de voir, apprendre, aimer et réinventer notre monde en faisant chacun à notre façon de la politique.

Christophe Mileschi
Italianiste, intervenant et spectateur-actif de Notre Monde
2013-03-12
« On ne connaît de la réalité que ce qu'on s'en donne à connaître. Bien sûr, c'est toujours infiniment peu comparé à ce qu'il y aurait à comprendre, et même fondamentalement partial, car rien jamais n'a établi que les présupposés de nos constructions de pensée, jusqu'aux axiomes de la science, coïncident d'aucune manière avec des principes donnés a priori dans la nature. Ce n'est pourtant pas une raison pour se contenter du brouet public qu'on nous sert sans cesse à la louche comme succédané du vrai ou de l'inévitable. C'est même précisément l'inverse. L'orchestration permanente des manipulations dominantes nous est un devoir de contre-connaissance, au moins par respect de nous-mêmes. » Victor Malo Selva, Le paradis des dinosaures Il y a quelques raisons d'estimer que les politiciens de profession (ceux qui font métier de faire de la politique, de nous représenter, de gouverner et décider tant de choses essentielles pour le présent et l'avenir, pour nous, pour les générations futures et en notre nom) ne répondent que très imparfaitement à ce qu'on pourrait et devrait espérer d'eux – y compris simplement parce qu'on les aurait crus, serait-ce juste un peu, quand ils cherchaient à électoralement nous séduire – et qu'ils sont à l'inverse toujours plus décevants que le plus négligent des plombiers (qu'on obligerait par la loi à respecter ses engagements en refaisant l'installation qu'il a bâclée et qui abîme le plafond du voisin du dessous), que le plus piètre des boulangers (dont on cesserait simplement d'acheter le pain préférant les biscottes même quand il est le seul ouvert de tout le quartier) ou que le plus incompétent des électriciens (dont au pire l'assurance nous dédommagerait des dégâts d'incendie que le tableau de fusibles défectueux qu'il a posé a provoqués dans notre salon). Sans nier que certaines et certains soient humainement animées de bonne volonté, leur action s'accomplit dans un cadre plus fort qu'elle, qui la bride énormément. De sorte que ceux qui font profession de la politique sont de l'espèce des très mauvais professionnels, tous secteurs confondus, et ceci même en les considérant du point de vue du monde marchand qu'ils servent pour le reste avec zèle : ils ratent leurs obligations de résultat, échouent à atteindre leurs objectifs, déçoivent les termes du contrat de confiance, méprisent les droits du service après-vente, méconnaissent la règle du satisfait ou remboursé, violentent le droit de retrait du client sous sept jours ouvrés, ne remboursent pas la différence si on trouve moins cher ailleurs, s'assoient sur l'évidence empirico-médiatique du vu à la télé, et même, et pire, et surtout : bafouent l'engagement de fournir le produit correspondant au descriptif préalable dudit. Ce faisant, toute blague à part, ils ne cessent de perpétrer un crime véritable contre la notion même de confiance, proclamant et démontrant en leurs actes que les serments n'engagent en rien ceux qui les font, alimentant nos raisons de douter les uns des autres et de nous-mêmes, sapant donc un fondement essentiel de la vie ensemble, dont le présupposé minimal est que, sauf exception, l'autre est un être capable comme moi-même de bonne foi et que sa parole envers moi l'engage et que s'il ne fait pas ce qu'il a promis il aura du moins tout mis en œuvre pour essayer et mettra tout en œuvre pour s'en expliquer. Ils ne cessent en somme d'incarner et de réitérer – au plus haut niveau, dans la plus grande visibilité publique, dans une pédagogie puissante du mal fait et du méfait à vaste échelle – une injure et une agression permanentes contre les principes qui les ont portés où ils sont et dont ils sont officiellement garants et gardiens. Par cette trahison récurrente, toute indignation morale mise à part, ils ne cessent d'inciter massivement à ne plus croire en aucun engagement, à cultiver cynisme et opportunisme comme vertus souveraines, et à laisser le monde dévaler vers ses gouffres, où gisent les monstres que l'on sait – les mêmes sans doute aujourd'hui qu'hier, mais aujourd'hui armés jusqu'aux dents et jusqu'aux orteils, armés d'armes toujours plus destructrices, planétaires et définitives ; et armés de médias toujours plus tentaculaires pour nous le faire oublier, nous faire croire autre chose ou nous détourner d'y songer ; et armés de la complicité contrainte de toutes celles et ceux que leur précarité (savamment programmée ou insavamment combattue par ces mêmes porte-parole dévoyés ou bâillonnés) écrase ; et armés de l'interdiction d'antenne des paroles qui diraient un peu tout cela, hormis en quelques plages d'élection qui les rendent si rares que, lorsqu'elle se font un peu entendre, elles en paraissent, à nos oreilles tétanisées de bruits rassurants ou d'inquiétudes sur commande, effrayantes de radicalité – quand leur fréquentation posée, débattue, réfléchie et régulière les feraient voir pour ce qu'elles sont : les fruits d'une sagesse vraie et désintéressée, le contraire très exact de ce « bon sens » qui nous gouverne et dont on nous gouverne. C'est tout cela dont parle et que raconte Notre Monde. L'indifférence, la résignation à « l'ordre des choses », le « rien de nouveau sous le soleil », le « réalisme politique » (qui ne définit jamais la réalité dont il parle sinon par des tautologies éhontées et biaisées), le ponce-pilatesque lavage de mains sont, en vérité, non des attitudes neutres face à ces choses mais un encouragement tacite ou paresseux ou cynique ou intellectuellement-très-chic à les laisser durer ; non des positions d'observation sans incidence mais des consentements par défaut, par absence de mots publics qui diraient le contraire. Notre Monde est un film sans aucune concession à cette indifférence. Il nous dit que les plus graves questions politiques ne sont pas du domaine réservé des experts et des politiciens de métier, mais qu'elles nous appartiennent, en droit et en fait. Surgissant de l'obscurité, d'une sorte de noir originel, de magma de tous les possibles, des voix, des visages, des corps viennent à nous pour donner forme à une pensée plurielle qui fait écho à des pensées que le spectateur, quel qu'il soit, a eues ici ou là dans sa vie. Des gens qui ont longuement réfléchi à des sujets qui nous concernent toutes et tous (car ils sont les lieux où s'élaborent les modalités et les formes de la vie ensemble), mettent des mots précis sur ce que nous sommes si nombreux à sentir plus ou moins confusément : que le monde va mal, pourquoi et comment il va mal, et comment il pourrait aller mieux. Au prix d'un effort dont chacune et chacun est comptable : faire de la politique. Non pas au sens restrictif (« s'engager dans, voter pour un parti politique »), mais au sens large : en débattant collectivement des questions les plus graves ; en (re)devenant consciemment ce que nous sommes de toute façon, des sujets politiques ; en assumant le fait que notre volonté est une force. Une force dont il n'est pas acceptable qu'il ne soit jamais tenu compte autrement que sous une forme binaire (pour ou contre tel candidat) cachant à peine l'univocité des perspectives stratégiquement opposées, et juste une fois de temps à autre, aux échéances électorales. En nous invitant à remettre le monde en débat, Notre Monde nous place devant une évidence : le monde politique a cessé de s'occuper de la plupart des questions politiques, et laisse le monde aller son chemin comme si tout allait de soi. Or rien ne va de soi dans les affaires de la cité, mais tout procède de choix, de lois, de décisions et de calculs. À la fois objet de pensée, espace où des pensées s'incarnent, forme en mouvement qui donne à penser, trousse à outils contenant de surcroît de quoi fabriquer d'autres outils, dont nous avons individuellement et collectivement besoin, Notre Monde est aussi une formidable invitation à l'aventure et à l'audace : car c'est une aventure audacieuse que de penser notre monde ; car il faut du courage et le goût d'être pleinement vivant pour ne pas se résoudre à laisser le présent et l'avenir entre les seules mains d'une poignée de « décideurs ». Notre Monde est une œuvre inscrite dans la durée. Un lieu où des humains se relient dans un travail en chemin, une assemblée où chacune et chacun peut s'associer – ne serait-ce même que par son observation méditative et silencieuse – à une aventure collective de recherche et de construction d'une « commune pensée », et qui nous donne, sinon l'assurance, l'espoir que « les mauvais jours finiront ». C'est à chacun et à chacune qu'il appartient d'y travailler, nous rappelle Notre Monde. C'est à chacune et à chacun qu'il revient de faire au mieux son « métier de vivre ».

Hélène Sabbe-Bérard
Spectatrice-actrice parisienne
2013-03-12
Je suis rentrée dans Notre monde d’abord grâce au génie de la prise de vue. Les intervenants-penseurs y sont filmés de telle façon qu’ils nous semblent proches, accessibles, des figures familières en somme. Visages sans fard pour une parole vraie, engagée et érudit, à distance de l’esthétique de surface que nous offre habituellement le cinéma, ses acteurs et même les médias. Cette proximité offerte a eu quelques conséquences sur moi : elle a suscité mon attention-concentration pour un film dense et long (2 H), attention qui a permis mon intérêt, et ainsi ma compréhension. Je connaissais quelques intervenants, d’autres non. La proximité suscitée par cet art de la prise de vue a provoqué chez moi un phénomène étrange et amusant : de « fausses reconnaissances » c’est-à-dire le sentiment en découvrant un nouvel intervenant, de déjà le connaître. Je cherchais son nom, sa fonction, son champ de compétence et quand le nom apparaissait, il était clair que je ne le connaissais pas auparavant. Il m’était simplement rendu proche donc accessible. Et ainsi, sa pensée l’était aussi. Nul besoin, donc, d’être soi-même un grand penseur pour aller voir ce film, simplement intéressé par les questions qui nous concernent tous. Le site du film offre l’intégralité des propos tenus durant le film. Nous avons ainsi plusieurs accès possibles à cette œuvre qui peut continuer de croître en nous. Quelle joie et quelle cohérence avec l’engagement suscité par ce film ! Bravo et merci !

Marc Giboire
Spectateur-actif nantais
2013-03-12
Hier soir au cinĂ©ma concorde Ă  Nantes, la salle Ă©tait comble pour dĂ©couvrir le nouveau film de Thomas Lacoste : « NOTRE MONDE ». La densitĂ© des propos tenus dans ce film est forte, fĂ©conde. Il faut que le spectateur soit vigilant pour ne rien perdre de la parole des intellectuels qui sÂ’expriment. Cette parole est forte, elle est aussi une force. Dans ce monde dĂ©confit qui est le nĂ'tre, oĂą la souffrance devient la règle, nos intellectuels proposent une analyse, un bilan de notre monde. Ils ne sÂ’arrĂŞtent pas lĂ , ils ouvrent la voie vers une communautĂ© qui rĂ©siste, invente des alternatives et dĂ©veloppe sa propre humanitĂ©. RĂ©sister cÂ’est aussi lutter, mais par dÂ’autres moyens. Nos intellectuels nous accompagnent, jÂ’oserai dire « enfin », pour rĂ©sister et construire. Leur participation nous a manquĂ© pendant de trop nombreuses annĂ©es (celles oĂą le dĂ©sastre annoncĂ© pour les 99% devenait une rĂ©alitĂ©). Vous, Thomas Lacoste rĂ©alisateur, vous nous montrez que la pellicule rĂ©vèle lÂ’intelligence lorsque lÂ’objectif est sans faille. MERCI. Merci Ă©galement aux intervenants Mme Susan George et Christophe Mileschi.





separation



Débats publics Sciences Po
Samedi 20 février 2013 à 20h30





Débats publics Le Cinéville
5 Rue Arnoult Crapotte
78700 Conflans-Sainte-Honorine
Samedi 26 janvier 2013 à 20h30
Dans le cadre des Ciné-débats organisés par la Ligue des droits de l'Homme
Intervenants : Jean-Pierre Dubois (juriste – LDH) et Thomas Lacoste.






Débats publics Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian
33000 Bordeaux
Vendredi 08 février 2013 à 20h30
Intervenants : Thomas Lacoste, Christophe Mileschi (Italianiste, traducteur et écrivain, Université de Paris 10). Rencontre animée par Nathalie Jaëck (angliciste, Université de Bordeaux 3)










separation
DISTRIBUTION
Shellac
Friche de La Belle de Mai
41 rue Jobin 13003 Marseille
Tél. 04 95 04 95 92
contact@shellac-altern.org
www.shellac-altern.org
PROGRAMMATION
Shellac
Lucie Commiot
Tél. 01 78 09 96 64/65
programmation@shellac-altern.org
PRESSE
Stanislas Baudry
34 Bd Saint Marcel 75005 Paris
Tél. 06 16 76 00 96
/ 09 50 10 33 63
sbaudry@madefor.fr
CONTACT ASSOCIATIONS
Philippe Hagué
06 07 78 25 71
philippe.hague@gmail.com